Pétrole et gaz : les banques françaises tiennent-elles leurs promesses ?

Depuis 2021, les six grandes banques françaises ont toutes publié des règles pour limiter leurs financements aux énergies fossiles. Ces règles sont plus ou moins exigeantes. Leurs financements ont-ils baissé en conséquence ?

En résumé : les banques aux règles les plus strictes sont aussi celles dont les financements ont le plus reculé. Celle qui n'a pris aucun engagement sur les entreprises pétrolières et gazières, BPCE, est la seule dont la part n'a presque pas bougé.

Évolution de leur part dans le financement mondial des nouveaux projets pétroliers, gaziers et charbonniers Part moyenne 2024-2025 comparée à 2021-2022. Couleur : sévérité de la règle de la banque envers les entreprises qui développent de nouveaux projets (note de 0 à 10).

Comment lire cette page

On compare trois sources indépendantes l'une de l'autre :

Ce que les banques financent
Le rapport annuel Banking on Climate Chaos, publié par une coalition d'ONG, recense les crédits accordés et les titres placés auprès d'investisseurs pour le compte d'entreprises des énergies fossiles.
Ce que les banques promettent
L'Oil & Gas Policy Tracker de l'ONG Reclaim Finance note de 0 à 10 les règles que chaque banque s'impose.
Ce que les banques déclarent
Les rapports réglementaires dits « Pilier 3 », que chaque banque européenne doit publier, détaillent ce qu'elle a prêté aux secteurs polluants.

Une « entreprise en expansion » est une entreprise qui développe de nouveaux gisements, gazoducs, terminaux de gaz naturel liquéfié (GNL) ou centrales à charbon. Selon le scénario « zéro émission nette » de l'Agence internationale de l'énergie, aucun nouveau gisement de pétrole ou de gaz n'est nécessaire pour limiter le réchauffement à 1,5 °C.

L'argent : ce que chaque banque a financé

Choisissez une banque. Les barres montrent, chaque année, le montant total apporté aux entreprises des énergies fossiles et, en foncé, la part destinée aux entreprises en expansion. Les repères sous le graphique signalent l'adoption ou le renforcement de ses règles.

Total énergies fossiles dont entreprises en expansion Nouvelle règle

Milliards de dollars, montants engagés dans l'année. Pour comparer des banques de tailles différentes, la page raisonne ensuite en parts du total mondial.

Les promesses : des règles très inégales

Reclaim Finance note trois aspects de chaque politique. Une note de 10 correspond à la règle la plus stricte envisageable.

Projets
La banque refuse-t-elle de financer directement un nouveau puits, un gazoduc ou un terminal GNL ?
Entreprises
Refuse-t-elle de financer les entreprises elles-mêmes tant qu'elles développent de nouveaux projets ? C'est le point décisif : l'essentiel de l'argent passe par des financements généraux aux entreprises, pas par des projets identifiés.
Sortie
S'est-elle engagée sur un calendrier de réduction, puis d'arrêt, de ses financements ?

Cliquez sur une banque pour lire sa règle en clair. Notes : Reclaim Finance, Oil & Gas Policy Tracker, mise à jour de juin 2026.

Promesses et actes : le lien se voit

Chaque point est une banque. Plus elle est à droite, plus sa règle sur les entreprises est stricte. Plus elle est basse, plus sa part dans le financement de l'expansion fossile a reculé.

Axe horizontal : note « Entreprises ». Axe vertical : évolution de la part de la banque entre 2021-2022 et 2024-2025. La ligne pointillée indique l'évolution médiane des 65 plus grandes banques du monde (quasi nulle).

Ce qu'on peut dire. L'ordre est globalement cohérent : La Banque Postale, dont la règle est la plus stricte, a cessé tout financement de ce type ; BPCE, sans engagement, reste stable. BNP Paribas et Crédit Agricole, qui ont renoncé en 2024 à placer les obligations des producteurs de pétrole et de gaz, reculent nettement.

Ce qu'on ne peut pas dire. Six banques, c'est trop peu pour prouver qu'une règle cause la baisse. D'autres facteurs jouent : stratégie commerciale, clients historiques, conjoncture. Le lien reste toutefois visible sur l'ensemble des banques européennes (24 banques), avec une autre notation, celle des politiques charbon.

Ce que disent les banques elles-mêmes

Depuis 2023, chaque grande banque européenne doit indiquer dans son rapport « Pilier 3 » combien elle a prêté à des entreprises exclues des indices boursiers « alignés sur l'accord de Paris », c'est-à-dire trop liées aux énergies fossiles. La règle est la même pour tous. Pourtant, le résultat dépend beaucoup de la façon dont chaque banque classe ses clients.

Part des encours sur les secteurs pétrole, gaz et raffinage que chaque banque classe elle-même comme « incompatibles avec l'accord de Paris »

Codes d'activité B.06, B.09, C.19 et D35.2, encours au bilan (prêts et titres de dette). Dates d'arrêté : 31/12/2025, sauf Société Générale (30/06/2026) et La Banque Postale (30/06/2025).

À réglementation identique, l'indicateur va de 15 % à 100 %. Chez BNP Paribas, la totalité des encours de ces secteurs est classée « exclue » ; Crédit Mutuel et La Banque Postale s'appuient sur une liste publique d'entreprises tenue par l'ONG Urgewald ; les autres combinent fournisseurs de données et analyses internes. Comparer les banques sur ce seul chiffre serait donc trompeur.

Pourquoi les chiffres ne concordent pas

Les ONG et les banques publient des chiffres différents sans que l'un soit forcément faux. Ils ne mesurent pas la même chose.

Rapport des ONGRapport réglementaire
Ce qui est comptéLes financements accordés dans l'annéeLes prêts encore au bilan à une date donnée
Placement de titresInclus : quand une banque aide une entreprise à vendre ses obligations à des investisseursExclu : les obligations placées ne restent pas au bilan de la banque
Qui est « fossile »Environ 2 900 entreprises repérées par les ONGSelon la méthode de chaque banque
MonnaieDollarsEuros

Le placement de titres représente environ 40 % des montants du rapport des ONG. Une banque qui cesse de placer les obligations des producteurs de pétrole voit donc ses chiffres baisser nettement dans ce rapport, même si ses prêts ne changent pas. Cela peut contribuer au recul observé chez BNP Paribas et Crédit Agricole après leur engagement de 2024.

Méthode et limites

Les calculs

La part d'une banque est son financement annuel divisé par le total des 65 plus grandes banques mondiales. L'évolution compare la moyenne de 2024 et 2025 à celle de 2021 et 2022, pour lisser les opérations exceptionnelles d'une année. Les données du rapport des ONG ont été vérifiées : la somme des 65 banques redonne le total publié.

Les limites
  • Six banques ne permettent pas de démontrer un effet de cause à effet : la page décrit une concordance.
  • Les notes des politiques reflètent la situation de juin 2026, alors que les financements couvrent 2021 à 2025.
  • Les montants de Crédit Mutuel et de La Banque Postale sont très faibles (quelques dizaines de millions de dollars) : leurs variations en pourcentage sont donc très sensibles.
  • Le tableau Pilier 3 du groupe Crédit Agricole au 31/12/2025 présente un décalage d'une ligne entre libellés et montants ; les montants ont été réalignés (les sous-totaux concordent alors exactement). À confirmer auprès de la banque.
  • Le rapport des ONG compte en dollars courants, non corrigés de l'inflation.
Les sources
  • Banking on Climate Chaos, Fossil Fuel Finance Report 2026, juin 2026 (classements p. 10-13 et 32-35, section sur les politiques p. 50-53). bankingonclimatechaos.org
  • Reclaim Finance, Oil & Gas Policy Tracker, onglet des institutions françaises, mise à jour de juin 2026. oilgaspolicytracker.org
  • Rapports Pilier 3 (modèle ESG n° 1) : BNP Paribas (document d'enregistrement universel 2025), Société Générale (30/06/2026), Groupe BPCE (2025), Crédit Agricole (2025), Groupe Crédit Mutuel (2025), La Banque Postale (30/06/2025).

Analyse indépendante réalisée à titre personnel, sans lien avec les banques citées. L'auteur a travaillé par le passé au sein des groupes Crédit Agricole (LCL) et BPCE (Caisse d'Épargne Île-de-France). Aucune information interne n'a été utilisée : toutes les données sont publiques.